Ago: quand la tradition devient trahison….

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À l’annonce de la mort d’un parent, la tristesse et la consternation envahissent souvent (à priori) toute la famille. Tout ce qui suit, les réunions, les manœuvres, les tractations et autres, affluent pour rendre un hommage mérité et digne à l’illustre disparu. La tradition se doit d’être respectée. Cliquez pour tweeter Aux cérémonies de deuil, d’enterrement, d’enlèvement de deuil et autres, s’ajoute l’essentiel quand on parle d’enterrement de mort : le AGO, la célébration, la réjouissance, la fête… Cet article vous parle des fonds et tréfonds de cette pratique traditionnelle.

 

+ AGO pour le repos de l’âme

L’Africain est très ancré dans sa tradition, en l’occurrence le Béninois. Comme on le dit, mi e to nou wê (c’est notre héritage). A l’origine, le Ago fut institué pour honorer le départ du défunt vers ses ancêtres. En effet le principe est  de fêter son arrivée auprès des aïeules. Ainsi, une cotisation familiale est instituée pour organiser une petite réjouissance en famille. Cette séance de communion avec leurs ancêtres (donner à manger aux morts) trouve tout son sens dans sa sobriété. Cliquez pour tweeter Ainsi l’âme du défunt repose en paix.

 

Mais avec  le temps   et surtout la naïveté et l’incompréhension, cette tradition a été détournée de sa noble mission. Malgré la présence des dignitaires, la dénaturation fut consommée. A ce prix, on assiste alors à des manifestations pendant des jours voir des semaines (surtout à porto novo). La cause est trahie.

+ Toute une industrie derrière

Tout le monde se range de facto derrière cette tradition pour (soit disant) honorer le mort. Ainsi, dès qu’il y a annonce de décès, parents proches (surtout) ou non ont toutes leurs idées tournées vers ce fameux samedi où le défunt sera enterré. Combien de personnes invitées, quel menu, combien de type de bâche, que faire de spéciale pour se démarquer des autres ? Autant de questions (certaines sont absurdes ou bien?) qui dansent dans la tête des éplorés censés faire le deuil.

  • tout y est……

Le besoin existe à tel point que certains se sont spécialisés pour : la nature à horreur du vide. Ils ont trouvé leur gagne-pain et y mettent tout le sérieux qu’il faut. Du tailleur au ramasseur de plat, en passant par le Dj et les hôtesses, (j’en oublie…), tous sont concernés. En effet, pour marquer au mieux la cérémonie, tout y est. Les cartes d’annonces des funérailles ouvrent le bal. Ce sont les imprimeurs qui s’en frottent les billets. Maintenant que les invitations sont distribuées aux amis, connaissances, alliés, collaborateurs, passant, et autres, place à l’organisation. Première chose, combien de bâche et type de bâche. Plusieurs bâches sont décorées, ventilées, et même climatisées bientôt carrelées 😀 😆 . Cliquez pour tweeter Ces dernières sont réservées aux amis considérés, ou plus souvent aux cadres financièrement capables (vous allez comprendre, don’t worry !!!). Maintenant le menu ? Qu’offrir à telle ou telle classe d’invité ? Les services traiteur pour les nantis ont pris cette tâche à bras le corps et prennent leur part du marché. Entrée et sortie sont très souvent au menu. Tout le monde y trouve pour lui. De même, le rafraîchissement est au programme! Apéritif, eau minérale, boissons alcoolisées, vin, même champagne, sont toujours au RDV. La sobebra est heureuse, les supermarchés et autres bonnes dames sont toujours ravies de ces samedis financièrement rentables pour leur business. Ago pour le repos de l’âme ou pour sa propre poche ?

+ AGO ou une démonstration  financière

  • …pour montrer sa grandeur ou sa petitesse 

Les moments de deuil, sont normalement synonymes de pleurs, tristesse. Mais grâce aux génies de l’Africain, par l’alchimie des choses, la tristesse devient joie. Le Ago, basé sur une industrie nécessite donc de moyen. Il se transforme alors en un  moment de distinctions des couches sociales composantes de la famille. En effet, chacun à son niveau se doit (se dit-il) d’impressionner les autres. À travers donc le nombre et types de bâches, le nombre de repas, la quantité et la qualité des boissons et autres on classe les gens. Aussi, quand il s’agit de la belle-famille, tu es d’abord obligé de le faire et surtout bien. Pour montrer toute ta puissance financière et impressionner ta belle-famille.

 

Le summum fut atteint, quand pour l’enterrement de sa maman, un individu a retransmis en direct sur une chaîne de Télévision de la place (Golfe TV ?) toute la cérémonie. La défunte, a-t-elle véritablement besoin de tout ce vaquâmes ? C’était plutôt une fatuité incongrue qui a poussé ce cuistre individu dans de telles pérégrinations. Tout le monde semble oublier l’objectif premier qui est de satisfaire à une noble tradition, et s’intéresse à cette vaine comparaison (à oublier qu’on partira un jour comme le mort qu’on fête).

    • …au fonds c’est du commerce

Toujours dans cette turpitude, l’essentiel pour eux est de se remplir les poches. Toute dépense faite se doit d’être compensée (à priori). Rendre le plus à l’aise que possible l’invité à son coût. Les bâches climatisées, les bouteilles de vin, les entrées et sorties de menu, pèsent énormément dans la bourse de l’intéressé. Sans m’attarder dans les calculs, toute somme faite, rapidement le coût se retrouve dans les millions. Dans un pays où un individu vit en dessous d’un dollar le jour, l’éploré se permet, au nom du défunt de faire des investissements sans retour. En effet normalement,  ces invités en retour se doivent (selon leur gré), de remettre une enveloppe. La fameuse enveloppe A6 de deux pour 25f est connue pour servir de passe dans ces cérémonies coutumière. L’éploré invite donc dans ce sens, assez de monde pour voir son nombre d’enveloppes triplés, quadruplés afin de rentabiliser au mieux ses dépenses (pas con n’est-ce pas?). Cliquez pour tweeter Mieux, on privilégie la haute classe sociale, attendant d’elle en retour de haute considération (suivez mon regard). La plupart des invités n’osent pas se démarquer du système, craignant qu’à leur tour, on leur retourne la pareille . Le défunt déjà dans sa dernière demeure, se contente d’observer le système (auquel il a longtemps participé de son vivant). Le système est préétabli, tu es invité, tu dois donner : c’est comme ça.

+… dans l’honneur ou le déshonneur, ils le font

Dans la vaine autosatisfaction de soi-même d’avoir accompli quelque chose de grand, tous les moyens sont autorisés. Bien que toutes les périodes ne sont pas financièrement favorables aux éplorés, ils se doivent d’être à la hauteur des attentes. Plusieurs schémas s’offrent donc à eux. Le prêt est le chemin le plus emprunté pour subvenir aux obligations du moment. Amusons-nous de dire que près de 50% sont dans ce cas. Le constat général montre que leur capacité de remboursement pour la majorité est suffisamment faible.

 

À la fin des cérémonies, les grincements de dents, les cas de saisies par la police et autres sont légion. En effet, comptant sur les enveloppes à amasser, ils offrent des conditions meilleures aux invités. Mais (très) souvent, l’attente déçoit et les mets dans une dette totale sans levier. Au nom du défunt, on s’endette. Par ailleurs, notons aussi que certains vont jusqu’à brader leur bien et propriété (terrains, voiture et autres…). Quelle honte ! Un mort est mort, et n’a jamais demandé tout cela. Une cérémonie oui, mais dans l’honneur d’accords : c’est triste.

+….. pas si nécessaire que ça

 

 Drainer du monde, et la nourrir dans une ambiance de folie est la meilleur façon qu’on a trouvé pour rendre hommage à nos disparus. Avec des arguments fallacieux, on prétend justifier cette bévue. Mais n’y a-t-il pas d’autres manières pour les honorer? Bah si, et assez d’ailleurs. Tenez, vous le faites pour le repos de son âme? Alors priez pour lui. L’âme relevant de la métaphysique, ce ne sont pas les bouteilles de vin, et les nombreux mets qui faciliteront le repos de l'âme du défunt. Cliquez pour tweeter

Ils ne sont plus parmi nous. Nos us et coutumes  pour ne pas nous laisser dans la léthargie  ont instaurer  cette noble façon d’enterrer nos morts. Une manière aux milles sagesses qui dans la sobriété assume son rôle. Il est temps, que nos traditions retrouvent leur nobles valeurs. Ne nous laissons donc plus guider par nos personnalités dans le seul but de s’impressionner et d’impressionner. Prions pour le repos de leur âme, et qu’ils reposent en paix. Cliquez pour tweeter

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