Du FCFA à ECO: Entre recherche d’une pseudo souveraineté et utopie d’une solution miracle ?

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Une monnaie est « un accord au sein d’une communauté pour utiliser quelque chose comme moyen d’échange ». C’est donc une convention sociale, spontanée ou imposée, destinée à faciliter les échanges de biens et services, et qui peut se “matérialiser” de différentes façons (y compris non matérielles).
Elle se caractérise par la confiance qu’ont ses utilisateurs dans la persistance de sa valeur et de sa capacité à servir de moyen d’échange. Elle a ainsi des dimensions sociales, politiques, psychologiques, juridiques et économiques. Dans notre zone économique la monnaie utilisée est le FCFA.

Une monnaie à polémique héritée de l’ancienne puissance coloniale qui continue de ‘participer’ à sa gestion. Cliquez pour tweeter
À l’heure où cette monnaie, de nouveau sous les feux des projecteurs, entre dans la zone des tempêtes de contestations, d’analyses et de remise en cause, l’urgence d’une réflexion et d’un débat se fait sentir sur cette monnaie et sur ECO le prochain qui devrait le remplacer.

+ FCFA servitude monétaire, servitude volontaire…

  • 1945: la naissance

La création du FCFA remonte à l’année 1945, année où la deuxième guerre mondiale connaissait son épilogue et avait cloué au sol l’économie de plusieurs pays du monde entier notamment ceux africains. Le franc CFA signifiait alors « franc des colonies françaises d’Afrique ». Sa naissance fut amenée aux fonds baptismaux par la ratification des accords de Bretton woods, accords économiques ayant dessiné les grandes lignes du système financier internationale après-guerre. Cette dénomination originelle subira beaucoup de mutation dans le temps. Ainsi, de « franc des colonies françaises d’Afrique » nous en sommes venu au « franc de la communauté financière d’Afrique » en 1958. Et Après la vague de l’assertion à la souveraineté international devenue plus attractive, dans les années 60, il fut rebaptisé « franc de la communauté financière africaine ».

  • Des objectifs ‘nobles’ à la création

Comme le stipule les accords de Bretton woods, l’objectif de la création du FCFA est de favoriser la reconstruction et le développement économique des pays. Et c’est pourquoi, depuis les accords de Bretton Woods de 1945, le franc CFA est devenu la monnaie commune de la zone Franc. Cette dernière est l’espace économique et monétaire de l’Afrique subsaharienne, où vivent 14 pays (d’Afrique subsaharienne) . Sa visée est d’assurer une stabilité financière à ses membres. Si la paternité du Franc CFA est accordée à la France du fait qu’elle en est l’initiateur et le signataire , il faut reconnaitre qu’elle n’a pas une place majeure dans la gouvernance de la zone Franc qui a d’ailleurs très largement évoluée depuis la création.

La souveraineté monétaire revient aux Etats et aux banques centrales régionales africaines. Cliquez pour tweeter

Le rôle joué par celle-ci peut être qualifié d’auxiliaire. Elle aide à battre la monnaie afin de diminuer les coûts de fabrication et d’acheminement comme c’est le cas dans plusieurs autres pays. Cet état de fait n’est pas une imposition et peut changer si les chefs d’État des pays de la Zone Franc en décident. Elle assure aussi la convertibilité du Franc CFA en Euro. Partant, il y a beaucoup à gagner du Franc CFA. Voyons quels en sont les avantages.

 

 

+ Des avantages indéniables

Le premier avantage du Franc CFA est qu’il facilite les échanges et la coopération entre les pays de la zone Franc. Etant une monnaie commune à eux tous, il facilite les rapports des Etats d’une même zone monétaire dans tous les domaines vitaux de l’économie. De ce fait, il est un facteur de solidarité, d’union et d’unité dans la différence permettant à tous et chacun de se développer et de faire développer le continent.

Egalement, le Franc CFA assure la stabilité monétaire et financière des pays de la zone Franc. La création de la monnaie étant sous tutelle extérieure, met à l’abri de l’inflation monétaire pouvant venir de la part des Etats membres. Cliquez pour tweeter

De même, avec son rapport parallèle avec l’Euro, il bénéficie d’une crédibilité internationale qui manque aux autres monnaies de la sous-région.

+ Une monnaie décriée

L’une des premières limites auxquelles l’on songe quand l’on parle du Franc CFA est la dépendance des Africains vis-à-vis de leur maître d’hier. Cette dépendance est traduite par le terme de Néo-colonialisme. En effet, le Franc CFA est vu comme « monnaie des blancs » du fait que ce dernier intervient toujours dans le processus de son élaboration. Par conséquent, il est considéré comme une amputation à la souveraineté des Etats Africains qui en dépendent. La monnaie est ainsi condition sine qua non d’une indépendance achevée.

De ce fait, vivre du Franc CFA, c’est vivre encore à l’époque coloniale. Cliquez pour tweeter

Cet état de chose trouve son point d’appui fondamental dans le fait que dans les conventions entre la France et les Etats concernés, ces derniers ont l’obligation de déposer 50% des réserves au Trésor français. Ces dépôts « privent les pays concernés de liquidités » et leur fait perdre une partie de leur « souveraineté » .

A cet état de fait s’ajoute le fait que la France se fait toujours représenter dans la composition des Conseils d'administration de la zone Franc. Cliquez pour tweeter

Aussi, avons-nous l’appauvrissement de la monnaie par la robustesse de l’euro. En effet, les Africains perdent beaucoup d’argent lorsque leurs recettes d’exportation sont converties en euros. Ainsi, les pays de la zone Franc sont pénalisés pour les exportations. Ce qui rend l’Afrique moins compétitif sur l’échiquier mondial, appauvrit son économie et par ricochet ampute son développement.

+ Un changement indispensable

Nous proposons deux grandes pistes de solution pour pallier les limites sus-énumérées.
La première serait de revoir systématiquement et complètement les accords établit avec la France sur le sujet. Il est temps qu’un vrai débat se développe sur l’avenir monétaire de l’Afrique francophone et que ce débat implique en premier lieu les concernés eux-mêmes et la France. Il s’agira pour ce débat de procéder à un toilettage de fond en comble des accords pour favoriser une grande visibilité de l’Afrique et une souveraineté plus prononcées. « Il faut que le mécanisme soit dynamique. Il ne faut pas voir la composition et les caractéristiques actuelles, parce qu’elles ne sont pas de nature à répondre à la dynamique des croissances et à la dynamique internationale économique » .

Cette construction monétaire vieille de soixante-dix ans, serait totalement inadaptée aux réalités du continent. Cliquez pour tweeter

Il urge à cet effet, après plus d’un demi-siècle d’évolution, de modifier les règles de fonctionnement, de réformer le Franc CFA.
L’autre solution serait carrément d’envisager la création d’une nouvelle monnaie commune autre que le Franc CFA. Et sur le sujet, beaucoup s’illustrent déjà comme pourfendeurs. Il est d’ailleurs devenu une préoccupation politique et porte l’ambition de créer une zone monétaire ouest africaine. Cette prise de conscience et ce désir a commencé à faire effet depuis 2009 dans la Communauté Économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest. Et, « L’option a été toujours maintenue que 2020 doit être la date de la création de la monnaie de la CEDEAO » . L’ECO est le nom de ce projet de monnaie unique des quinze pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Qu’est-ce que l’ECO et que nous réserve-t-elle de nouveau ?

+ ECO la nouvelle monnaie : entre espoir d’un lendemain meilleur ou avenir d’une illusion ?

  • ECO c’est quoi ?

Le sigle « ECO » de la nouvelle monnaie est d’origine latine. Il signifie « ex coelis oblatus » et peut être traduit littéralement en francais par « don du ciel ». Ce nom a été formellement adopté par les dirigeants de la Communauté Economique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour désigner ce noble projet de monnaie unique dont la création est prévue pour l’horizon 2020. Les critères que doivent remplir les pays pour l’adoption de cette nouvelle monnaie horizon 2020 sont au nombre de quatre :

  • Un déficit budgétaire n’excédant pas 3%.
  •  Un taux d’inflation annuel moyen inférieur à 10%.
  • Le financement des déficits budgétaires par la Banque centrale qui ne devrait pas dépasser 10 % des recettes fiscales de l’année précédente.
  •  Des réserves extérieures brutes représentant au moins trois mois d’importations devant être disponibles.
    Selon les termes « ECO » regorgerait de beaucoup d’atouts pour le continent africain en général et pour les pays de la CEDEAO en particulier. Voyons-en quelques-uns.
  • Ce qu’elle est supposée apporter

L’avantage principal de la création de la nouvelle monnaie est la gestion par les africains, avec les africains et pour les africains. Cliquez pour tweeter

L’on sortirait ainsi de l’emprise de la France et de son omniprésence dans la sphère monétaire du continent. Ainsi, la zone monétaire ouest-africaine n’aurait plus besoin de déposer la moitié de ses réserves de change à la Banque de France. Les pays pourront alors gérer la totalité de leurs réserves de change et les utiliser pour insuffler un nouveau souffle pour le développement du continent. L’Afrique aura ainsi une banque centrale de type fédéral et un régime de change flexible. L’ECO mettra aussi fin à l’arrimage du franc CFA à l’euro.
Mais, changer la monnaie serait-il la solution pour le développement des pays africains ? Ne serait-ce pas plutôt l’ouverture à d’autres maux plus mortels que vénimeux ?

+ ECO : solution pour le développement ou boîte de pandore ?

A notre avis, la création d’une nouvelle monnaie n’est pas la solution pour le développement du continent africain. L’initiative est salutaire et louable, un symbole politique fort mais un pari très risqué. Avec le Franc CFA, nous sommes déjà engagés dans une machine ; casser et reconstruire une nouvelle serait très exigent et susceptible de prendre assez de temps avant d’être stable. Une nouvelle monnaie serait en effet bien moins stable que le CFA, or une instabilité monétaire est destructrice pour l’économie. Aussi, Il est bien possible que certains pays remplissent les critères déterminés pour l’échéance de 2020 mais prennent du retard l’année suivante. Ainsi, la stabilité tant recherchée ne sera pas opérationnelle et nous aurons une évolution en dents de scie. Notons également que tous les moutons marchent ensembles mais n’ont pas le même prix. Ainsi, le fait que les économies des pays ne sont pas au même niveau, le risque est très grand que la création d’une nouvelle monnaie profite plus à certains qu’à d’autres.

Le géant du Nigeria, dont l'économie repose sur le pétrole et représentant les deux tiers du PIB de la région, dominerait une future union monétaire. Ce qui serait une inégalité et une incohérence. Cliquez pour tweeter

Que le Franc CFA soit ou ne soit pas un facteur d’aliénation, le débat parait à notre avis au point de vue nominale. La dénomination « française » dans le sigle est en effet facteur de réminiscence pour l’africain ayant subi les affres du colon. C’est en ce sens que nous pouvons comprendre l’affirmation du chef d’Etat Béninois, Patrice Guillaume Talon qui y voit un facteur psychologique et non technique. Car, l’on se demande comment l’on pourrait clamer la fin d’une ère franco-africaine et être toujours embrigader par le maintien du d’un Franc colonial au-delà des indépendances concédées dans les années 60. Du point de vue économique, il n’est donc pas un frein pour le développement du contient et constitue d’ailleurs une garantie de stabilité et de crédibilité pour les pays concernés.
Non, ne jetons point l’eau du bain et le bébé. Ne nous attachons pas à des fioritures mais à l’essentiel. Ne cherchons pas un bouc émissaire et n’optons pas pour une politique de l’autruche. Sortons des sentiers battus et osons regarder les réalités en face pour y répondre favorablement. Tant que les problèmes « d’éternisation » des gouvernants au pouvoir demeureront, tant que le bien-être réel et vrai des citoyens seront occultés au profit d’une quête singulière d’engrangement des biens du pays à son propre compte, tant que la corruption, le despotisme, la gabegie, l’invalidation de la volonté générale du peuple, la course à l’économie compétitive mirobolante et radieuse au détriment des problèmes humains urgents et imminents sur le contient, tant que toutes ces choses perdureront, nous n’aurons de cesse de croire que changer la monnaie, c’est chercher à avoir des dentelles avant même d’avoir des chemises. Nous n’avons pas la prétention de dire que le Franc CFA est parfait. Il ne l’est pas. Et notre analyse l’aura bien prouvé à bien des égards. Ce qui semble urgent et imminent, c’est de repenser les termes de son adoption afin de favoriser une large part de manœuvre aux africains pour leur développement car c’est de ça qu’il s’agit.

La mort du franc CFA serait assurément une grande victoire des pays africains sur leur maître d’hier. Cliquez pour tweeter

Mais cet état de choses apporterait, à notre avis, plus de mal que de bien. Quoi qu’il en soit, le Franc CFA reste et demeure un grand point d’interrogation qui ouvre un débat assez profond. 

Texte final de AGBADATO Hospice-Wegener dans le cadre  de la finale du concours 1 an Beblog

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