Hémorroïdes: Les dessous d’une maladie tabou

Temps de lecture : 8 min

Aujourd’hui ; j’ai envie  de vous parler d’un sujet très glamour : les hémorroïdes. C’est l’un des motifs principaux de consultation en proctologie (la science de l’appareil excrétoire- entendez anus et rectum).

J’ai tellement hâte que je vais zapper l’introduction et on va y aller the old way, comme au primaire. On est bons ? C’est parti !

Titre : Les hémorroïdes

Retenons : 

En réalité, on parle plutôt de maladie hémorroïdaire et non d’hémorroïdes. En effet, les hémorroïdes  sont des structures anatomiques composées de lacs veineux et de petites artérioles sous-muqueuses. Elles s’organisent en plexus soit internes (à 1-2cm en haut de l’anus), soit externes (dans les plis  fessiers).  Bon, en gros sous la peau des fesses et à l’intérieur de l’anus il y a quelques boules constituées   de vaisseaux qui servent à drainer le sang vers le cœur. Et on dit qu’elles sont malades lorsque leur comportement devient différent de la normale.

+ Comment ça se manifeste ?

Les « hémorroïdes » n’ont pas une manifestation précise. Selon la personne atteinte, on peut avoir l’un et/ou l’autre des symptômes décrits (maintenant ne me demandez surtout pourquoi l’un et pas l’autre, là c’est Dieu qui sait).

On connaît actuellement quatre signes liés à la souffrance des hémorroïdes :

  • La  crise douloureuse hémorroïdaire
  • Les épisodes de thrombose
  • Les hémorragies hémorroïdaires
  • Les prolapsus hémorroïdaires (miam, un nouveau « gros » mot médical)

Alors on va les aborder un à un. Promis, je ferai tout pour que ce ne soit pas trop ch*ant mais ce ne sera pas évident vu qu’on parle d’anus après tout. (Vous avez saisi ? Ptdr, pas grave.)

  • Numero uno : Les crises douloureuses hémorroïdaires

Pour ceux qui en ont déjà souffert ; ça doit bien être la phase la plus difficile de l’histoire (Ou pas ? Perso, heureusement je ne sais pas. Mais dites-le nous en commentaires si vous savez). C’est une sensation de chaleur ou de lourdeur au niveau du rectum  aggravée par les efforts de défécation ou les efforts physiques. Elle correspond à une réaction inflammatoire intense à l’intérieur de vos fesses et dure 3-5jours.

  • En deuxième position (désolée, l’espagnol et moi, c’est pas trop ça) : les thromboses.
Attention, âme sensibles s'abstenir
Thrombose hémorroidaire interne

Elles peuvent être internes ou externes. Donc en fait, les boules de vaisseaux dont je vous parlais plus haut  apparaissent hors de leur emplacement. Celles qui sont la peau sortent comme des abcès. Celles qui sont à l’intérieur sont appendues en dehors de l’anus : on dit qu’elles sont accouchées par l’anus. (image ci-dessus). Ces thromboses s’accompagnent de douleurs très intenses et durent 5-15jours.

  • Troisièmement: les hémorragies hémorroïdaires.

Comme cela s’entend, il s’agit d’émission de sang rouge (rutilant, on aime bien dire entre médecins) après les selles.

  • Et enfin, les prolapsus hémorroïdaires.

C’est la descente des hémorroïdes internes en dehors de l’anus de façon permanente ou systématiquement à chaque selle.

Il est à noter que ces signes dont nous avons parlé se manifestent généralement de façon périodique ou en réaction à un bouleversement.  Mais lorsque la maladie hémorroïdaire avance sans traitement, ils peuvent devenir permanents.

+ A quoi est-ce dû ?

 

Pour la petite histoire, c’est la question à laquelle on est le plus confrontés à répondre en consultation : les gens veulent toujours comprendre et c’est leur droit. Donc si vous allez voir un médecin, sachez qu’il ne vous en voudra jamais de demander ça.

Enfin bref, la maladie hémorroïdaire n’a pas de cause clairement identifiée en réalité. On parle plutôt de facteurs de risque. Ce sont des situations qui peuvent  faciliter la survenue de la maladie dans un contexte de prédisposition (génétique ? familial? Ethnique ?) préalable. Parmi ces facteurs, on a le 3e trimestre de la grossesse, l’accouchement et les suites de couches (Ah tiens, on a oublié de le mentionner dans notre article Grossesse et vulnérabilité: 10 risques liés à la grossesse ) et surtout les troubles du transit intestinal. En effet, les éléments déclenchant le plus souvent les crises hémorroïdaires sont les épisodes de diarrhée ou (surtout) de constipation, les excès de table (alcool, plats épicés).

+ Je peux en mourir si j’en souffre ?

Mdr, ok, le libellé est un peu alarmant je vous l’accorde. Mais en réalité, souffrir de ses hémorroïdes n’est pas quelque chose de grave en soi. Oui, c’est assez désagréable et handicapant pendant les crises mais on vit bien avec si on les gère correctement. Car elles peuvent se compliquer notamment d’anémie (à force de saigner, you know). Le véritable problème est par rapport au diagnostic différentiel. Le diagnostic différentiel est une maladie qui ressemble beaucoup à une autre et qu’il faut veiller à ne pas confondre avec cette dernière. Et dans notre cas, il s’agit du cancer du côlon ou du foie. Alors ce que vous appelez « hémorroïdes » ne sera banal pour votre médecin que quand il sera sûr que ce n’est pas un cancer.

+ Quels sont les traitements possibles ?

On ne le dira jamais assez, le meilleur moyen de traiter les « hémorroïdes », c’est d’éviter de les provoquer. Cliquez pour tweeter Et dans ce sens, on met l’accent  sur les mesures hygiéno-diététiques.

La survenue des crises étant plus souvent liées aux troubles du transit intestinal, il s’agit de faire attention à l’alimentation.

Il faut veiller à manger suffisamment de fruits et légumes riches en fibres et en eau : papaye, ananas, pastèque, orange, légumes en sauce (gboman, tchiayo, fonman etc) mais pas trop gras, concombres, carottes. Eviter certains aliments qui rendent difficile le transit comme les aliments à base de blé (pain et surtout le pain sucré, beignets, pâté, pâtes), le riz, la pâte et certains fruits (banane++) est également utile. Il faut également limiter les protéines (leur digestion ralentit le transit et facilite la constipation) et boire assez d’eau.

On pourrait aussi dire d’éviter de tomber enceinte. Haha, très drôle. Mais en fait les hémorroïdes et la grossesse c’est un autre gros sujet totalement à part (vous voulez qu’on en parle ? vous savez quoi faire). Ce serait aussi utile d’éviter de manger dehors par exemple pour éviter la diarrhée.

Nous avons d’autre part les différents traitements médicaux.

médicaments-pour-le-traitement-des-hémorroïdes

Ce sont les anti-hémorroïdaires, qui  aident à soulager l’inflammation et la douleur. Ils sont sous forme de suppositoire ou de comprimés. Vous pourriez aussi demander des laxatifs pour faciliter les selles et minimiser les douleurs liées aux poussées.

Il existe également des traitements dits endoscopiques (on fait passer une sonde par l’anus pour réaliser l’opération)

Ils visent à obtenir une rétraction des tissus qui permettra de remonter les hémorroïdes procidentes et de les maintenir en place. Ces traitements très efficaces ont malheureusement un effet qui -diminue avec le temps (7-8ans) et aussi des risques élevés de complication.

Enfin, nous avons la classique chirurgie.

Hémmoroidectomie

Le principe c’est que si on enlève les hémorroïdes, bah elles ne poseront plus de problèmes. Cependant, les suites opératoires peuvent parfois être longues et douloureuses faisant réserver ces options thérapeutiques  à des cas particuliers.

+ Vais-je guérir après tout ça ?

NON. Bon, pas exactement. La pathologie hémorroïdaire fait partie de ces maladies chroniques qui ne disparaissent pas mais qu’on apprend à gérer. Vous pourrez certes réduire la durée, l’intensité ou la fréquence des crises mais pas éliminer la maladie. Parce que les hémorroïdes, en dehors d’une chirurgie, seront toujours là et tomberont si elles veulent. Ou si vous les y poussez. Alors si quelqu’un vous dit à la radio, à la télé ou dans la rue qu’il a de quoi vous guérir pour de bon, vous pouvez le croire-c’ est votre choix- but think twice.

Voilà, ce que nous avions à vous dire sur les hémorroïdes. On a parlé plusieurs langues (vous avez pu suivre ?) et utilisé des mots un peu compliqués mais globalement c’était pour retenir ceci :

  • La pathologie hémorroïdaire est une pathologie désagréable certes, mais sans grande gravité (il y a des trucs bien plus méchants quoi) ;
  • Même si on n’en connaît pas la cause précise, il est toujours possible de la maîtriser (la maladie) en faisant attention aux quelques facteurs de risque ;
  • Dans tous les cas, votre médecin sera toujours le mieux placé pour vous aider alors référez-vous à lui!

Pour plus approffondir le sujet nous vous recommendons l’excellent livre :

“Tout le monde a des hémorroïdes” de Dr Hashim HOUNKPATIN  et dévinez quoi ? oui c’est un Béninois.





Il vous en parle très brièvement ici


9 commentaires sur “Hémorroïdes: Les dessous d’une maladie tabou”

  1. Vraiment merci Robine.. D’une part ça permet de mieux comprendre cette pathologie qui est fréquente mais négligée et d’autre part ça rassure ceux qui en souffrent même si le diagnostic différentiel est alarmant.
    Néanmoins j’ai une question: Penses tu qu’une maladie hémorroïdaire peut évoluer vers un cancer du rectum?

    1. Merci pour l’intérêt que tu accordes à Beblog. La maladie hémorroidaire ne fait pas partie des maladies pouvant évoluer vers la cancérisation. Cependant, les habitudes alimentaires qui provoquent les crises peuvent constituer des facteurs de risque au développement de cancers. Donc on pourrait penser que ce sont les hémorroïdes alors que non.

      1. Très interessant l’article.
        La lecon est bien apprise😊.
        Je me pose une petite question
        La diarrhée aggrave la maladie hémorroïdaire ?

  2. Très bon travail merci beaucoup pour ces éclaircissements Cela nous permettra de faire vraiment attention à ce que nous mangeons. Merci à vous..

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