#INTERNESENPANNE au Bénin  : Ou comment le sacerdoce médical peut se transformer en “suicide”

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 #INTERNESENPANNE. C’est par ce slogan et des banderoles rouges au poignet que les étudiants en 6eme année de médecine à la FSS/Cotonou ont décidé de dénoncer le mépris et les conditions dans lesquelles se déroulent leur formation. Notamment leurs stages hospitaliers au CNHU/HKM et dans les CHU (Centres Hospitaliers Universitaires ) en général.

Encore appelés internes, ces étudiants, futurs médecins sont les espoirs et l’avenir de toute une nation. Cependant, selon eux, il est triste de remarquer qu’ils sont formés dans de très mauvaises conditions. “Entre plateaux techniques vétustes voire inexistants ,sécurité inexistante et manque de statut officiel, notre cas est à plaindre” nous dit Morel , interne au CNHU. Heureusement, ils ont enfin décidé de faire bouger les choses et réclamer le minimum de leurs droits. 

Mais qui sont ces étudiants? Que réclament ils? Qu’en est il dans les autres pays de la sous région?

Cette semaine focus sur les #INTERNESENPANNE et les étudiants en médecine du Benin en général.

+ Interne…. un long parcours 

Au Bénin l’interne est l’étudiant en 6eme année de médecine. En effet si vous voulez être médecins au Bénin vous devez avoir un BAC série D ou C. Après cela et si vous êtes sélectionnés par l’État (les meilleurs ), vous obtiendrez le droit de vous inscrire en médecine à la FSS(Faculté des Sciences de la Santé). Pour cela, vous pouvez le faire en tant que boursier, demi-boursier (100mille /an ) ou à titre payant (400mille / an). De plus La formation dure 7 ans, au bout desquels vous obtiendrez le doctorat et le titre de médecin généraliste.

Les stages dans les CHU notamment le CNHU/HKM commencent parallèlement aux cours à partir de la deuxième année. Aussi les cours théoriques  s’arrêtent en 5ème année. La 6ème année est une année exclusivement réservée au stage interné. La 7ème année à la rédaction de la thèse, conclue par une soutenance. Ainsi ce sont ces étudiants en 6eme année qui sont appelés Internes 

+ Des étudiants oui mais beaucoup de responsabilités déjà

Dans les CHU, Les internes sont souvent les premiers à recevoir les patients et à s’en occuper sous la « supervision » des médecins. Ainsi de leur promptitude et de leur bagage intellectuel dépendent souvent la bonne prise en charge des malades. Comme nous l’explique Spéro interne au CNHU :

ils sont chargés de recevoir le malade ,l’examiner ,faire son dossier médical. Aussi ils  doivent gérer les urgences, faire les premiers soins et commencer les  traitements. Ils se doivent également  de surveiller les patients hospitalisés

Morel , quant à lui, nous apprend que les stages se déroulent tous les jours ouvrables de 8h à 16h  au minimum.Toujours d’après lui, les internes ont également le devoir de faire des gardes de 24h. Ceci en  moyenne 2-3 fois par semaines jour fériés et weekend compris, et ce, en fonction de leur tour de garde.

  + Des responsabilités mais aucune reconnaissance …

Cependant force est de constater que malgré leur 72 heures de travail par semaine et leur place prépondérante dans la prise en charge des patients, ces étudiants ne bénéficient d’aucun avantage. Selon l’un de ces internes (qui a préféré l’anonymat)  ils subissent au quotidien le mépris du personnel “reconnu”.

   – un  cadre légal “fantôme”

Malgré l’existence du décret No 2015-396 du 20 juillet 2015 portant attribution organisation et fonctionnement du CNHU-HKM  qui en  ses articles 66 et 67 stipule clairement que la subvention annuelle de l’État devrait servir entre autres à la prise en charge des repas des personnels de garde et à des indemnités , des “frais de gardes des  stagiaires internés ou des étudiants en spécialité ,et des avantages divers” force est de constater qu’il n’en est rien . En effet, selon notre source anonyme, ils ne disposent de ce  titre officiel dans les CHU  que sur le papier du dit décret. Ainsi il remarque qu’on note une absence totale de cadre juridique /légal réel justifiant leur présence. De plus selon l’un de leur professeur (dont je tais le nom)  Les Internes  sont livrés à eux-même et a leur besoin et au besoin de la formation. Cliquez pour tweeter Ceci, comme la présence obligatoire dans les CHU et l’interdiction de faire des gardes rémunérées dans les centres privés. Il déplore aussi le fait que  parallèlement à leur obligation les internes  ne bénéficient d'aucun soutien financier des autorités, d'aucune allocation. Aussi aucun frais de garde, aucune ristourne sur les actes faits. Cliquez pour tweeter De plus à un moment il leur a été retiré le droit au repas de garde (mesure annulée à cause de leurs premiers mouvements de protestation).

   – Des conditions dangereuses 

Selon Spéro (interne ) pour assurer les soins qu’ils administrent, force est de remarquer que les internes  ne disposent pas du minimum de matériel (gants, alcool, savon, compresses et utilitaires de bases ). Cliquez pour tweeter Ils sont donc exposés à tout type de maladies transmissibles et par ricochet leur famille. Notamment parce que malgré leur rôle de premier plan ils ne disposent pas d’une prise en charge complète. Cerise sur le gâteauau Bénin les étudiants en médecine en général  ne bénéficient d'aucune vaccination préalable contre les maladies transmissibles (hépatites ,méningites ) malgré des  conditions plus que dangereuses. Cliquez pour tweeter

Douriath (interne également) confirme cet état de chose et nous confie son expérience personnelle.

 Au cours de mon stage interné de cette année (2018) j’ai reçu une patiente qui avait la rage . La patiente a donc été isolée. En accord avec les protocoles les encadreurs ont ordonné à ce que tout ceux qui ont été en contact avec  la malade soient vaccinés. Cependant depuis ce temps je n’ai reçu aucune vaccination. Conscient des risques j’ai du aller  dans un centre de vaccination demander les prix. Malheureusement ,la dose du vaccin est à 7 000 et il fallait  recevoir 5 doses. N’ayant pas les moyens , j’ai pas pu le faire. De ce fait jusqu’à l’heure actuelle ,j’ai pas pu bénéficier de cette vaccination avec tous les risques que ça implique.

   –Un cadre de formation inapproprié

De plus n’oublions pas qu’ils sont censés être en formation. Néanmoins grande est leur déception de se rendre compte, même d’après leurs professeurs, d’un plateau technique vétuste et défaillant. Un plateau qui ne permet ni une bonne formation, ni une bonne prise en charge des patients.

 -Un avenir encore plus  sombre 

Pour finir ces étudiants après toutes ces péripéties et s’ils arrivent à finir(vers 24-25 ans ) devront s’acquitter de frais de formatons s’élevant à 650 milles par an pendant 4 à 5 ans pour leur spécialisation. Sans oublier leur restauration transport soins entres autres à leur frais. Il faut ajouter qu’ils n”auront  aucune source de revenu( impossibilité d’exercer dans le privé ou d’avoir un travail vu que la spécialisation prend tout le temps ). Ils n’auront également presque aucune rémunération par le CHU qui continuera de les exploiter.

Voilà quelques unes des conditions qui ont tôt fait de rendre les études médicales au Bénin très dangereuses. Ceci malgré le fait que le Bénin soit reconnu comme l’un des meilleurs  en matière d’étude dans la sous-région.

A titre de comparaison dans les autres pays le stagiaire interne est rémunéré. Il dispose aussi  de plein d’avantages. Par exemple au Togo le stagiaire interne bénéficie d’une allocation de 140mille fancs (selon un etudiant en médécine au Togo) le mois environ et sans parler des autres pays.

+ Des actions pour essayer de bouger les choses 

Au vu de ces conditions déplorables qui s’apparentent plus à du suicide qu’à un sacerdoce et encore moins à une formation ces étudiants ont décidé de sortir de leur mutisme et d’essayer d’améliorer leurs conditions. Pour cela Morel nous apprend qu’ils ont organisé une Assemblée Générale au cours de laquelle ils ont pris la décision de mener un certain nombre d’actions .

  • Tout d’abord la  rédaction d’une lettre expliquant leurs revendications, lettre envoyée aux autorités . A savoir le ministère de l’enseignement supérieur, le doyen de la FSS, le directeur générale du CNHU-HKM, ainsi que les différents chef services. Vous pouvez télécharger leur revendications  ici   ou (télécharger Revendication des “internes en panne”)
    • Le port de banderoles rouges, pour signifier leur ras-le-bol. C’est dans ce cadre que depuis le Vendredi 23 Novembre 2018, ces étudiants font leur stages bandeaux rouges au poignet.
    • Des rencontres prévues avec les différentes autorités pour des négociations.
  • Et dans le cas  d’un refus des autorités d’améliorer leur condition, une cessation pure et simple du travail.

    + Une situation grave à régler rapidement

Les conséquences possibles risquent d’être déplorables pour le CNHU. Les recettes du centre sont intimement liées aux prestations de ces internes.Aussi la qualité des soins reçus par les populations risque également d’en partir. En effet cette qualité dépend pour beaucoup de ces internes.

L’État et les autorités à divers niveaux se doivent de rapidement se pencher sur la situation. Les conditions de ces étudiants qui ont décidé de consacrer leur vie au sacerdoce médical doivent être améliorées. Ceci afin que ce sacerdoce ne se transforme pas finalement en suicide. C’est le Benin qui en sortirait grandit. A bien y regarder les#INTERNESENPANNE ne réclament que le droit d'etre considérés comme des humains Cliquez pour tweeter .

         Quelques images de #INTERNESENPANNE

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11 commentaires sur “#INTERNESENPANNE au Bénin  : Ou comment le sacerdoce médical peut se transformer en “suicide””

  1. Jusqu’à une seconde avant la lecture de cet article, j’avoue ne jamais avoir pensé que les éminents médecins dont l’État dit mettre des moyens colossaux pour leur formation, sont traités ainsi. C’est une situation à dénoncer avec la dernière véhémence. Je salue à cet effet le travail du blogueur, Fréjus AGBOTON

  2. Merci beaucoup chers confrères de Cotonou. La situation est déplorable et de plus ça fait pitié au CHUD/B à Parakou. En plus des conditions les plus dérisoires à Parakou, les étudiants n’ont plus droit à leur frais de stage depuis plus de 5 ans.Plus grave nos maîtres ,nos enseignants comprennent ces situations mais ne s’en mêlent pas.A Parakou l’étudiant en médecine est juste l’instrument de travail de l’hôpital qui n’a droit à rien et qui ne doit pas parler….Seigneur écoute nos prières et nos pleurs sors nous de là. Seul toi en est capable

    1. Hum…tant que nous resterons muets ce sera ainsi …l’exclave qui veut pas briser sa chaîne ne mérite pas qu’on l’aide. Le vrai problème est que le monde entier continue de penser que c’est le paradis de Faire la médecine au Bénin
      La population n’est pas informée des conditions ..et les étudiants en médecine sont trop apeurés pour réagir…nous devons harmoniser nos actions

    2. Déjà partageons l’article pour toucher plus de personnes …et pensons à harmoniser les actions pour un véritable impact…ensemble on y arrivera

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